Humans Welcome 5 avril 2017

ParPatrick Jonniaux

Humans Welcome 5 avril 2017

« Chronique d’une coureuse – 1ère partie

Déjà plus d’une heure que je traîne dans l’aéroport d’Athènes en attendant de poser mes baskets à Mytilène, point de départ de l’aventure.

Ce matin, debout à 2h30 pour croire encore un instant que j’arriverai à tout boucler avant de quitter mon quotidien pour une quinzaine de jours. Je réalise enfin, d’un coup, que c’est parti, sans retour en arrière possible.
J’ai déjà vécu cette appréhension, cette sensation d’être au pied du mur et de ne pouvoir pas reculer, sans pour autant avoir la volonté d’avancer : avant chaque nouveau palier franchi dans mon petit parcours de coureuse de fond : mon premier 10 km, mon premier trail – 11 km et 400 m de dénivelée. Puis les choses s’emballent : premier 30 km, 70 km, 100 km, première course à étapes, deux jours, trois jours, quatre jours…
Et puis, il y a ce coup de fil de ma mère, un peu avant Noël dernier, qui me parle de cette course folle à travers l’Europe montée par un collectif citoyen belge, sur la Route des Balkans, pour dénoncer l’inhumanité de la politique migratoire européenne actuelle.

Je ne suis pas trop l’actualité à l’époque : je suis vaguement citoyenne, « comme tout le monde », c’est-à-dire un peu écœurée à chaque fois que j’entends la radio égrener, avec une alternance de détachement et d’émotion, en fonction d’une déclaration politique ou d’une photo de victime, les chiffres incroyables de ces corps toujours plus nombreux qui viennent s’échouer inexorablement sur nos côtes méditerranéennes, …
Puis le quotidien me reprend, puis je m’insurge contre les discours de plus ouvertement xénophobes de nos dirigeants ou de mes voisins de métro, puis je vais faire un apéro avec des copains, puis je me dis qu’il faudrait faire quelque chose pour changer cette situation, puis je passe une nuit à répondre à un appel d’offres qui n’aboutira pas, puis je sors courir pour m’aérer la tête et les jambes …
Bref, je suis une dilettante, pas une militante : j’ai dû chercher sur Internet pour savoir ce que représentait exactement la « Route des Balkans » quand on m’a présenté le projet « Humans Welcome ».

Au début. J’ai donc commencé par penser entraînement, préparation physique, adaptation des parcours. Mais en même temps, insensiblement, mon ouïe s’affinait. J’étais plus attentive aux articles de presse, aux discussions sur ces femmes et ces hommes que l’on transforme en flux, … en solutions ou en problèmes chiffrés.
J’ai proposé de donner des coups de main, de loin, au collectif dont le cœur palpite entre Namur, Charleroi, Liège et Bruxelles.

Et puis le choc est arrivé. Pas encore celui de la conscience de ce que j’entreprenais véritablement en rejoignant le projet « Humans Welcome », ça je le découvrirai au fil des jours. Juste une prescience que ça allait arriver. Vite. Trop vite. On n’est jamais prêt à partir, même pour 15 jours, quand on sent que ça pourrait tout changer.

Après avoir pris un premier repas avec le groupe à Lesbos, nous sortons du restaurant des retrouvailles, sur le port.
Nous croisons une famille silencieuse habillée à l’orientale.
David, un vosgien installé en Grèce depuis 22 ans et travaillant pour l’ONG HSA (Humanitarian Support association), contact privilégié du projet sur l’île, répond à Florence, membre de l’équipe ayant déjà travaillé en Grèce sur le sauvetage et l’accueil des réfugiés, qui lui demande : « Syriens ou Afghans ? » ; « Syriens, et logés en hôtel, pas en camp, ça se voit tout de suite… C’est plus souvent le cas quand ce sont des familles », répond t-il. Je lui demande comment il peut le savoir d’un simple coup d’œil, il rétorque : « ceux des camps, on les connaît tous, on les accompagne, on leur trouve des vêtements, de l’assistance, je les aurais reconnus ».
L’aventure a vraiment commencé, même si « aventure » n’est pas forcément un bon mot. Je trouverai mieux quand mon cerveau s’imprègnera de ce que je vois et ressens au fil des heures et des jours. Demain, tout à l’heure en fait, nous irons voir le camp de réfugiés de Kara Tepe, puis une famille anglaise qui a été la première à Lesbos à organiser le sauvetage des arrivants, Eric et Philippa Kempson. Et nous courrons, symboliquement. Que pourrais-je faire d’autre en cet instant ? »

Sandra

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