Courir après l’excellence

ParBernard Delvaux

Courir après l’excellence

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La logique de l’excellence suppose des résultats aisément mesurables et comparables. Non seulement c’est épuisant, mais c’est terriblement appauvrissant. Une opinion de Jacques Cornet.

« L’excellence est d’abord un modèle de GRH, de marketing et de communication d’entreprise lié à la compétitivité. Il s’est imposé dans les entreprises privées dès les années 1980, puis dans les entreprises et services publics et enfin dans le monde de la recherche.

La désexcellence, c’est éviter de courir, le terme est important, éviter de courir après l’excellence, et même surtout d’éviter de courir après l’excellence pour tous. Exceller, c’est montrer des qualités supérieures, c’est l’emporter, c’est se surpasser et surpasser. C’est l’essence même de cette politique de GRH et de marketing qui veut que chaque travailleur, mais on dit collaborateur, se surpasse pour que l’entreprise surpasse ses concurrents. Et comme chaque entreprise pratique la même politique, chaque travailleur de chaque entreprise est amené à se surpasser sans fin pour que chaque entreprise surpasse les autres. L’excellence pour tous, c’est la compétition généralisée et sans fin, aussi bien pour les services éducatifs que pour les biens de consommation.

Une compétition qui, pour prouver son excellence justement, exige aussi une permanence dans la mesure et la comparaison des résultats. Des résultats qui doivent être aisément mesurables et comparables rapidement pour s’assurer à tout moment qu’on est toujours bien excellent, c’est-à-dire toujours bien en train de se surpasser et de surpasser les autres. Non seulement c’est épuisant, mais dans le domaine de l’enseignement, c’est terriblement appauvrissant parce que l’essentiel de l’intelligence, c’est justement quelque chose qui se mesure et se compare difficilement.

De cette compétition généralisée sur des résultats mesurables, ni le système scolaire, d’une part, ni la classe, d’autre part, n’en ont besoin. Au contraire. Certainement pas notre système scolaire qui ne connaît déjà que trop la concurrence entre établissements, une concurrence qui mène directement à l’homogénéisation sociale des publics et donc au renforcement des inégalités et même à des pertes d’efficacité. La recherche l’a amplement montré. L’excellence mènera au renforcement de ce contre quoi elle prétend lutter.

La classe, l’enseignant et les élèves n’en ont certainement pas besoin non plus. Et cela parce que, contrairement à ce qui se dit souvent, l’apprentissage est d’autant plus efficace et profond qu’il est moins instrumentalisé par un but utilitaire, ici son évaluation d’excellence. Parce qu’enseigner et apprendre supposent le plaisir, la lenteur et la confiance.

Le plaisir et la souffrance, bien sûr, les deux, mais d’abord le plaisir, le plaisir de chercher, d’essayer, de se tromper, de recommencer, de découvrir, de partager, de s’émerveiller. Et cela exige aussi la lenteur, une lenteur qui n’est pas troublée par l’interro quotidienne et angoissée. Parce que finalement le moteur de tout cela, ce n’est que l’angoisse, l’angoisse de l’inemployablilité, de la non compétitivité. L’excellence pour tous, comme compétition généralisée sur des résultats mesurables, ce qu’elle est nécessairement, étouffe le plaisir, interdit la lenteur, génère l’angoisse et sape la confiance. L’excellence empêche d’apprendre vraiment.

L’enseignement doit absolument se libérer de la dictature de l’employabilité et de la compétitivité. L’enseignement doit opter pour le plaisir, la lenteur et la confiance et apprendre avec plaisir, lenteur et confiance sera bénéfique pour tous et pour tout, y compris pour l’emploi et l’économie, mais pour des emplois mieux répartis et pour une économie plus juste ».

QUI DÉFEND CE POINT DE VUE ? Jacques Cornet, enseignant membre de Cgé (Changements pour l’égalité).

SOURCE : Jacques Cornet (2015), Pour des luttes de désexcellence, Traces de changement n° 220.

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